FAUT-IL BÂTIR DES « BUDGETS GENRÉS » ?

Itw dans le journal La Croix -mardi 30 mars 2021 / Débats


"L’évaluation des inégalités doit se faire sur le terrain"

Bien sûr que des inégalités existent et qu’elles doivent être combattues. Bien sûr que, lorsque l’on crée un équipement sportif, par exemple, il faut veiller à ce qu’il puisse être utilisé autant par les femmes que par les hommes. Mais cette évaluation doit se faire sur le terrain, au cas par cas, et les solutions doivent être apportées par le biais d’actions concrètes des pouvoirs publics, plutôt que dans des comptes préalables. Créer des distinctions de genre dans ce qui n’est autre qu’un plan comptable, ça n’est pas concret. C’est une opération de communication, un nouveau gadget idéologique qui n’apporte rien. Genrer un budget en fonction du sexe, par ailleurs, c’est selon moi nier l’universalité du genre humain, qui devrait être le seul pris en compte dans ce cadre. Là où on devrait créer de l’harmonie, il institutionnalise des antagonismes qu’il faudrait combattre. Il existe d’autres moyens pour résorber les inégalités de sexe que d’opposer les hommes et les femmes, les petites filles et les petits garçons, en les distinguant sans cesse, voire en les mettant en concurrence. Les Français ont besoin de se mettre d’accord sur de grands principes. À l’inverse, en voulant mettre en place un budget genré, on est en train de cristalliser des crispations et de créer de la dispute plutôt que de rassembler. En plus d’être inutile, c’est une idée coûteuse. Le recours à un cabinet de conseil pour évaluer la dépense publique, comme l’envisage la mairie écologiste de Lyon, pourrait s’élever à 84 000 €. Une très grosse somme prélevée aux Lyonnais alors que cette évaluation pourrait être réalisée en interne, une fois le budget voté, notamment en se renseignant auprès des associations sur leurs postes de dépenses et en s’assurant que la politique générale de la Ville respecte l’égalité des droits entre tous. C’est une question de volonté politique. Une fois le budget voté, il appartient à la mairie de décider où il est affecté, à qui et pour quoi faire. C’est à ce moment-là que l’égalité doit faire l’objet d’une attention particulière, et non en amont, en imaginant un vocabulaire et des concepts déconnectés des réalités. En idéologisant à outrance, on tombe dans un non-sens qui distingue égalité de genre et égalité de droits, alors que la première est déjà incluse dans la seconde. Or c’est l’égalité de droits qui compte. À travers ce « budget genré », les écologistes participent d’un courant de pensée qui développe des conflits alors que notre société a plus que jamais besoin de concorde.


Recueilli par Maud Guilbeault.

Entretien complet à retrouver sur le site Faut-il bâtir des « budgets genrés » ? (la-croix.com)

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